2 janvier 1871

« 2 janvier 1871 » [source : MLVH Bièvres, 130-8-LAS-VH 26 a, b et c], transcr. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3878, page consultée le 06 mai 2026.

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Quelle longue et mortelle journée pour moi, mon cher bien-aimé, que celle qui vient de s’écouler sans avoir pu glisser dans l’interstice du bavardage de Mlle A.1 un seul mot de tendresse à toi adressé. Elle vient enfin de s’en aller et j’en profite séance tenante, sans même prendre le temps d’humecter ma bouche desséchée par ce parlage à jet continu avec un peu de ma propre salive. Quelle terrible diseuse de rien que cette pauvre fille et quel supplice ce serait de la subir tous les jours ! Heureusement que ses visites sont rares. Entre temps, comme dit le citoyen Lacroix, de piètre mémoire, j’ai reçu un magnifique sac de bonbons du jeune [Blum ?] et après lui la visite collective de ton fils et celle de M. Bochet, lequel M. Bochet apportait d’excellentes nouvelles prises au ministère Picard2 lequel ministre, ou ministère, les avait adroitement soutirées au ministère américain. Voilà bien des ministres et des ministères pour une nouvelle peut-être apocryphe mais qui feraa une heureuse diversion pendant quelques heures aux autres malheureusement trop vraies. Le bois vaut 4 F. les 25 kilos et le cokeb 4 F. le seauc, c’est-à-dire comme huit à dix francs par jour de chauffage pour nos deux pièces. C’est raide !3 Ce qui ne l’est pas moins, raide, c’est que je t’adore malgré tes affreux torts envers moi.


Notes

1 À identifier.

2 Ernest Picard a été nommé ministre des finances le 4 septembre 1870.

3 « Le chauffage de deux pièces au Pavillon de Rohan coûte aujourd’hui 10 frs. par jour. » (Victor Hugo, Carnet, 3 janvier 1871).

Notes manuscriptologiques

a « faira ».

b « cok ».

c « sceau ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Hugo perd son fils Charles et la famille se réfugie en Belgique puis au Luxembourg pendant et après la Commune.

  • 8 févrierHugo est élu député.
  • 14 février-17 marsIls habitent Bordeaux, où Hugo siège à l’Assemblée Nationale. Hugo loge au 37 rue de la Course.
  • 8 marsHugo démissionne après l’invalidation de l’élection de Garibaldi.
  • 13 marsMort de Charles Hugo à Bordeaux, d’une apoplexie.
  • 18 marsEnterrement de Charles Hugo au Père-Lachaise. Début de la Commune de Paris.
  • 21 mars-1er juinÀ Bruxelles, séjour qui se termine par l’expulsion, après l’agression à coup de pierres du domicile de Hugo place des barricades, consécutive à son article, paru le 27 mai dans L’Indépendance belge, où il offrait l’hospitalité aux proscrits de la Commune.
  • 1er juin-23 septembreSéjour au Luxembourg.
  • 9 octobreHugo emménage 66 rue La Rochefoucauld et Juliette 55 rue Pigalle.